Une histoire de l’art révisée ?

Détail

Détail de Suzanne et les Vieillards d’Artemisia Gentileschi

Demandez un conseil pour acquérir une « histoire de l’art » et la réponse est immédiate : Ernst Gombrich (2001 – 650 pages – 1,7 kg). Ce livre est une référence et l’ouvrage le plus traduit en la matière. Il n’y est fait mention d’aucune femme artiste. Aucune !
Le même sort leur est réservé dans une autre histoire de l’art, celle de H.W Janson. Luc Ferry, philosophe qui fut ministre de la Jeunesse, de l’Education Nationale et de la Recherche en 2002, en écrivait la préface dans l’édition de 1995 : « L’exigence d’exactitude, la rigueur et l’intelligence de l’analyse des faits dont elle témoigne font de sa lecture une aventure stimulante pour l’esprit, un passionnant chemin de découverte à travers le temps et l’espace des expressions artistiques et de leurs techniques. (…) Il a ainsi élaboré un précieux instrument de connaissance fondé sur une analyse des œuvres restituées dans leur contexte historique et culturel pour une meilleure approche de l’artiste et de son époque. »
Lorsque le critique d’art britannique David Sylvester exprimait publiquement qu’il avait toujours pensé que les femmes ne pouvaient pas être de bons peintres car « that’s just the way it’s always been », on peut imaginer qu’il avait été formé à cette histoire de l’art révisée. En 1985, Chris Petteys rencensait 21.000 artistes femmes états-uniennes et européennes nées avant 1900 dans Dictionary of Women Artists: An International Dictionary of Women Artists Born Before 1900 (1985). Catherine Millet qui dirige ArtPress n’hésite pas à ne citer que 6% de femmes dans L’art contemporain, histoire et géographie (2006) et descend à 2,3% dans Art contemporain en France (1998).
Enfin, en allant vérifier des données au rayon « histoire de l’art » de la librairie du Centre Pompidou, un livre a attiré notre attention : Les Peintres oubliés, du Quattrocento à l’ère moderne (2013) qui se fixe pour but de « décentrer la vision unilatérale et classique de l’histoire de l’art pour des histoires aux visées plus protéiformes ». Guillaume Robin, historien de l’art et auteur de l’ouvrage, ne cite aucune femme.
Les étudiant.e.s, enseignant.e.s, artistes, commissaires, critiques… n’ont pratiquement pas accès aux travaux d’historien.ne.s non francophones et le niveau général d’anglais ne leur permet souvent pas de les consulter. Nous espérons que grâce à ce réseau un ou plusieurs éditeurs et des traducteurs saisissent l’enjeu, se mobilisent et qu’une vaste révision de l’histoire de l’art soit lancée en langue française. C’est certainement possible. Il y a déjà de belles initiatives mais dont l’audience est limitée comme le cycle de cinq conférences au Louvre qui se termine : Artistes femmes au musée ? – Regards actuels.
Mobilisez vos ressources, votre réseau, faisons bouger les lignes !

E.H Gombrich – dernière édition – 2001- Phaidon – 650 pages – 1,7 kg

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