Tricarde de chez tricards

Les deux femmes du dossier « l’armée de l’ombre ». Télérama n° 3360

Nous n’allons pas rajouter un article au flux incessant de ceux concernant le statut des intermittents du spectacle. Lorsque nous les voyons se faire vivement éjecter de plateaux TV alors que leur intermittence est devenue le mode de fonctionnement permanent de ce système, nous nous disons qu’ils sont devenus les tricards de la culture qui pourtant, à en croire de récentes études, est un secteur qui rapporterait plus que celui de l’automobile en France. Puisqu’il est question d’eux et de la télévision, intéressons-nous à un magazine de télévision connu pour ses pages «culture» : Télérama. L’été est là avec ses nombreux festivals auxquels assisteront certainement quelques élus conservateurs qui feignent d’ignorer la précarité de ceux qui les conçoivent et les jouent. Télérama partage donc avec nous sa fine connaissance des arcanes des festivals et nous présente, sur deux numéros, « les métiers du cinéma et du théâtre » [1], et « l’armée de l’ombre » [2] mettant la lumière sur tous ceux qui œuvrent au cœur des festivals. Et c’est là que nous découvrons, sans grande surprise, qu’il y a pire que le tricard : la tricarde. Ces deux articles cumulent des stéréotypes éculés, fatigants et font preuve d’un manque de curiosité consternant de la part d’un magazine qui se veut informé, informant et progressiste. Enfin c’est ce que nous avons cru devoir comprendre.

Les métiers du cinéma et du théâtre
Treize métiers sont présentés accompagnés d’un témoignage et d’un portrait photographique. Les voici :

Telerama

Sans surprise donc, les hommes sont à la manœuvre : ils créent, dirigent, réalisent, écrivent. Et quand ils ne créent pas, ils s’occupent de la technique : photo, montage, lumière, accessoires. Les femmes elles, préparent au mieux les interprètes, peuvent faire rire et également se faire discrètes derrière des marionnettes. Télérama aurait pu être transgressif à peu de frais en proposant de mettre en lumière, pour une fois, des directrices de théâtre, scénaristes, réalisatrices, metteuses en scène…

L’armée de l’ombre
Un sommet est atteint avec ce dossier.

Classeur1.xlsx

Les interviews sont ici illustrées non par des photos mais par des personnages dessinés qui sont au nombre de neuf. On y trouve un secouriste, un metteur en son, un directeur technique, un directeur artistique, un ami des enfants, un responsable des chauffeurs, un réalisateur des captations et… une bénévole. En tous deux femmes. Oui, deux, car le secouriste porte dans ses bras une victime qui tombe follement amoureuse de lui, beau gosse costaud qu’il est. Un petit cœur entre eux en atteste. Tous les hommes sont habillés et sérieusement chaussés : c’est normal, ils travaillent. La bénévole est en sandale : c’est normal, elle est bénévole. Son débardeur laisse voir la naissance des seins, son nombril et son string, ce qui on le sait est essentiel à la réussite d’un bénévolat. Le compte-rendu de l’interview de la bénévole est un must : cette femme de 50 ans « quitte sa famille » pour admirer ces « artistes aux imaginations si débordantes » et est au fond assez sensible à la flatterie puisqu’elle a été attirée par le mot « ambassadeur » dans l’annonce de recrutement. Elle effectue, « émerveillée comme un gamine », un travail multitâches subalternes, gratuitement. Elle est « intarissable », superficielle et s’émerveille de pouvoir parler en espagnol avec des latinos américains… wow ! Inutile de préciser, mais nous le faisons quand même, que les sept autres portraits (d’hommes) parlent de compétences, de reconnaissance, de professionnalisation.  Et bien sûr, on ne se préoccupe pas de savoir s’ils ont une famille qu’ils quittent, eux : ce sont des hommes.
Oserions-nous demander à la rédaction de Télérama de bien vouloir faire un effort et contribuer, un peu, à l’amélioration de la situation des tricardes de la culture, en mettant la lumière sur celles qui bossent, sont chaussées, sont professionnelles, ont de l’expérience ? Et ceci bien sûr sans en faire un dossier « spécial tricardes : qui sont elles, que font elles ? ». Non, simplement en rendant compte de la réalité au fil des dossiers, en élargissant les carnets d’adresses, en se dépoussiérant les lunettes.

[1] Télérama 3358 du 21 mai 2014.
[2] Télérama 3360 du 4 juin 2014.

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2 réponses à “Tricarde de chez tricards

  1. Bravo! Ça c’est envoyé.Et si nous les femmes cessions d’acheter tous les canards qui nous ignorent ou nous méprisent-qd ils ne nos prennent pas carrément pour des connes décérébrées…
    Il reste Causette ! Et le droit de penser toutes seules sans un tvrama qui ns dit quoi voir lire ou penser…

  2. Ben merde alors, les ringards! Boycottons boycottons c’est la seule solution! C’est pas une femme au moins qui a signé l’article? Non ?
    Je trouve cela bien dans la mouvance régressive des temps qui courent (manif contre la théorie du genre et autres niaiseries réacs)…

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