Stéroides, muflerie et art conceptuel : le cas Loris Greaud

Détail du portrait de l'artiste en homme noir et plus...

Détail du portrait de l’artiste en homme noir et coiffé style 1933

Fin janvier 2015, le plasticien français Loris Greaud installait puis faisait détruire par une vingtaine d’acteurs salariés sa nouvelle exposition The Unplayed Notes Museum au Dallas Contemporary. Lauren Smart, critique d’art au Dallas Observern’a pas pleinement goûté la démarche : « L’idée de détruire son œuvre comme performance n’est pas neuve. Rien de ce qu’il a accroché n’était neuf non plus. Donc, qu’a-t-il créé pour nous ? »

Il y a plusieurs façon de recevoir la critique. Certains artistes ont peint leurs contradicteurs morts, d’autres les ont caricaturés. Loris Greaud est un homme moderne. Quand il n’est pas content, il cherche son interlocuteur sur Facebook et lui écrit sa façon de penser. Comme n’importe quel énervé des réseaux sociaux, le voici qui traite la critique d’ignorante, de frustrée, et que son texte est mal écrit, et qu’il n’a jamais rien lu d’aussi nul. Pas rancunier pour un rond, il lui propose même de l’aider, avec ce ton passif/agressif caractéristique de certains trolls. Il l’invite – c’est une recette pour elle, elle le remerciera plus tard – à étudier un peu la littérature, à étudier BEAUCOUP l’histoire de l’art et l’art après le 20ème siècle car elle en sera étonnée. Il lui recommande vivement durant ce temps d’étude, qu’il estime à quatre années, de prendre un amant qui s’injecte au moins 400 mg d’Anadrol par jour pour réussir à produire quelque chose d’intelligent. Bref, il la traite de mal baisée. La grande classe.

Sur ce, Lauren Smart se réveille et le remercie d’une phrase laconique pour ses bons conseils. Elle ne s’y connait pas assez en troll visiblement. Greaud se lâche, lui donne des leçons de tout, sur tout, et finit sa diarrhée verbale par un mmmwouha dont on ne comprend pas trop si c’est le cri du marsupilami en rut ou le rire jaune de l’artiste-contemporain-français qui ne comprend pas la différence entre une critique et un dossier de presse. On a peine à imaginer Sophie Calle, par exemple, vexée par un critique lors d’une exposition internationale, écrire : « pour que l’histoire de l’art vous rentre bien dans la tête, je vous conseille vivement de vous faire enc… par un mec sous viagra ! »

Lors de l’érection de la structure gonflable de McCarthy place Vendôme en novembre dernier, la France entière avait appris au journal de 20 heures ce qu’était un plug anal grâce au très conservateur Printemps français. Là, c’est maintenant l’Amérique qui découvre l’Anadrol. Il faut vite prévenir le plasticien que la prise quotidienne de 400 mg de ce stéroïde anabolisant peut s’avérer très dangereuse, et que s’il développe la musculature, son action sur la puissance et l’endurance sexuelle des mâles est nulle voire inversement proportionnelle aux effets attendus et ce quel que soit l’orifice visé cela va de soi.

On pourrait penser que le plasticien est juste un mufle de plus dans le business de l’art et que c’est déjà lui faire trop d’honneur d’en parler.

Mais tout de même, certains éléments sont troublants. Greaud n’est pas un idiot et l’on peut se demander si ce comportement d’ado égocentrique et vulgaire n’a pas trahi autre chose que de la goujaterie. Il sait qu’il s’en prend publiquement à une journaliste. Il sait qu’il est aux Etats-Unis et qu’on ne rigole pas avec ce genre de propos. Il sait que ça va faire le buzz, et ça ne tarde pas d’ailleurs. Le Dallas contemporary, souvent critiqué pour son entre-soi masculin (il est surnommé le « boy’s club »), se fend d’un communiqué défendant les critiques d’art. Les réseaux s’enflamment, les journaux aussi, bref, les projecteurs se braquent sur lui. Alors, heureux, rassuré peut-être de renvoyer cette image bien virile du mec à qui une mal baisée ne va pas faire la leçon, Loris Greaud se fend d’un gros smiley pour remercier Lauren Smart, dans un mail privé ce coup-ci. Alors, heureux, il poste les articles parlant de lui sur sa page FB où il apparait en homme noir coiffé à la Hitler accompagné d’un surprenant : « stay tuned ». Il va y avoir une suite donc ? Un autre beau morceau d’art conceptuel qui nous expliquerait comment faire monter simultanément son ego, sa libido et sa cote sur le marché de l’art en insultant les femmes journalistes ?

Stay tuned! Loris will be back soon!

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