Qui a peur des femmes photographes ?

cahun

© Claude Cahun, Que me veux-tu ? (détail), 1928

« (…) le milieu artistique vit largement dans la croyance que seul le talent décide d’une carrière, alors que bien d’autres facteurs sont déterminants : le temps, les moyens financiers, les réseaux dont on dispose, l’équipe dont on s’entoure, les occasions de se confronter au public, les chances de franchir les « filtres » des concours, sélections ou nominations… mais aussi la capacité à se sentir légitime pour mener une carrière, ce qui, compte tenu de la rareté des modèles d’identification à disposition, n’a rien d’évident. » écrivait Mona Chollet dans son article commentant les rapports de Reine Prat sur la culture.

J’ai visité hier l’exposition Qui a peur des femmes photographes ? (la partie située dans le musée d’Orsay). Dès les premières salles, les tirages, les textes, montrent la puissance des photographes, la maîtrise de nouvelles techniques. Des images s’imposent, massivement, comme une évidence. Puis la tristesse, une immense tristesse s’est emparée de mon regard. Ces artistes n’ont pas eu le dixième de la reconnaissance qu’elles auraient dû avoir de leur vivant. Les empêchements multiples, la force des stéréotypes, ne les ont pas empêchées de voyager loin, d’aller sur les terrains réservés aux hommes, celui de la guerre, celui du nu, de travailler pour une presse avide de photos, la publicité. Rien ne les a arrêtées dans leur œuvre mais leur œuvre n’a pas été inscrite dans les livres d’histoire de la photo, de l’art, ou si peu.

Il faut effectivement « se sentir légitime pour mener une carrière » et pour ça, avoir des modèles d’identification suffisamment reconnus. Eh bien les voici ces modèles pour les photographes femmes contemporaines, pour les étudiantes. Elles sont là. La galerie du Jeu de Paume en expose fort heureusement. Ici le nombre des photographes impressionne autant que la qualité de leur travail. Des modèles forts qui regardent et montrent puissamment le siècle qui arrive, un siècle qui les oubliera vite parce que la valeur d’une œuvre se construit avec l’indicateur « sexe » encore plus sûrement que celui du talent qui varie dans le temps et l’espace.
Cette exposition relève de la réparation, de la réparation d’un immense préjudice fait à ces artistes mais aussi à l’art et à la photographie.

Je signe aujourd’hui mon dernier article sur ce blog désormais ouvert à d’autres contributions (1). Atlantes & Cariatides existe, a un public et la tâche est encore importante. A vos claviers !
Le temps me manque pour continuer cette aventure mais elle finit bien : j’avais commencé par interpeller Jean-Luc Monterosso sur la trop faible part des femmes dans les collections de la Maison Européenne de la Photographie. Le 28 octobre 2015, nous serons tous deux à la MEP(2) pour en parler, de ça et de beaucoup d’autres choses, de tous ces empêchements que l’on voudrait d’un autre siècle mais qui perdurent ou se transforment. J’ai hâte de ce dialogue, hâte avec d’autres de donner à voir l’invisible, de le décrypter.
Ce blog aura servi, un peu, à objectiver une petite partie du problème et les courriers que j’ai pu recevoir de la part de « décideur.e.s » me montrent qu’il est possible de faire bouger quelques lignes même si le travail est encore énorme.
Un immense merci à toutes celles et ceux qui ont relayé chaque article et soutenu ce projet.

Vincent David

 

(1) Pour contribuer, contactez-moi sur AtlantesCariatides@gmx.fr

(2) J’annoncerai la mise en ligne des vidéos du débat.

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